Les Neurones-miroirs

Les Neurones-miroirs – L’Epigénétique – La Capacité d’Apprendre

Par Ioanna Mari, Présidente de l’OMAEP
Séminaire de l’OMAEP

Aix en Provence, 24-27 Août 2009.

Connaissances tirées des livres suivants :
a) de Daniel Goleman (Ph.D. spécialiste aux neurosciences professeur à l’Université de Harvard) sur « l’Intelligence Sociale ».
b) de Gerald Huther (professeur de neurobiologie à la Clinique Psychiatrique de l’Université de Goetingen) et Inge Weser (Psychothérapeute spécialiste en Psychologie Prénatale) « Le secret des neuf premiers mois – Les empreintes primales ».

FilletteCerveau social – Neurones-miroirs
Les récentes recherches des neurosciences ont montré une qualité très importante du cerveau humain (mais aussi du cerveau des mammifères bien que à un moindre degré) : sa capacité sociale. C’est-à-dire, sa capacité de saisir les pensées, les sentiments, les intentions, les actes des autres et de leur communiquer ses propres sentiments, pensées etc.

L’homme a un cerveau social et relationnel.

Ce cerveau social se manifeste par un ensemble de mécanismes neuroniques qui régissent nos pensées et nos sentiments dans leurs relations avec les autres. Grâce à ces neurones sociaux, nous recevons l’influence des sentiments, des pensées des intentions des autres et réciproquement nous influençons les autres par nos propres sentiments, pensées etc.
D’après les neurosciences, le cerveau humain est le seul système biologique humain qui reçoit des messages de l’extérieur du corps. Tous les autres systèmes reçoivent des messages de l’intérieur du corps.
On distingue deux genres de neurones sociaux :

  • ceux par lesquels nous comprenons les sentiments des autres et nous transmettons nos propres sentiments – ils sont situés au milieu du cerveau – en forme d’amande – et on les appelle « amygdale ».
  • et ceux qui agissent sur les idées des autres ils sont situés au niveau des yeux.

Parmi ces derniers, une catégorie : les neurones « atractoïdes », agissent avec une grande vitesse et dirigent nos décisions sociales rapides.
Ce sont nos expériences dans nos relations avec les autres (notre sociabilité), depuis la période embryonnaire qui forment les neurones sociaux. La tendresse, l’amour, la foi, les soins préparent les conditions nécessaires pour leur multiplication. Tandis que la peur, l’anxiété, le deuil, la colère y font obstacle.
Ces neurones sociaux jouent un rôle important dans l’aptitude au bonheur de chacun, dans sa capacité d’aimer et pour sa santé.
Les expériences ont montré que la sociabilité des mammifères a favorisé leur survie. Plus les mères mammifères sont sociables, meilleure sont leur santé, leur capacité de survie et celles de leurs enfants.
Cette sociabilité, qui était dans le passé, une simple stratégie de survie, a contribué à construire et former les cellules du cerveau, en produisant les neurones sociaux
Cette sociabilité, formatrice des cellules du cerveau, se transmet aux générations suivantes et, avec le temps, enrichit le capital génétique de ces mammifères.
Il en résulte que la tendance à la bonté, l’altruisme, la compassion, est une caractéristique psycho-biologique du genre humain.

Parmi les neurones sociaux une place particulière appartient aux neurones-miroirs.

Que sont-ils ces neurones-miroirs ?

En regardant un visage qui exprime la peur ou la joie, ces sentiments se transmettent. Nous réagissons immédiatement par les mêmes sentiments et sans y penser, nous nous exprimons par un signe de peur ou par un sourire. Cela se fait à travers une catégorie de neurones bien spéciaux qui s’appellent en neurobiologie, les neurones-miroirs.
En effet ces neurones-miroirs ont la capacité de recevoir le reflet d’un acte, d’un geste, d’un sentiment que nous observons chez quelqu’un d’autre et de provoquer en nous la tendance à imiter, à participer à cet acte.
Ainsi nos sentiments, exprimés sur notre visage, sur notre corps, nous ne les vivons pas seuls mais avec les personnes qui sont autour de nous.

Les neurones-miroirs créent des ponts extérieurs entre deux ou plusieurs cerveaux lors d’une relation entre êtres humains. Cela ouvre ainsi le chemin à des liens très forts entre personnes, en liaison à travers ces neurones-miroirs.
Nous avons de multiples ensembles de neurones-miroirs et les neurosciences en découvrent toujours de nouveaux. Sentiments, idées, comportements y sont reflétés.
Celui qui a découvert cette catégorie des neurones est le professeur Giacomo Rizzolati, à l’Université de Parma, en 1992. Il avait commencé des expérimentations sur les singes et il a continué avec les hommes.
Grâce à ces neurones-miroirs, le monde extérieur est reflété en nous. Pour comprendre l’autre, nous devenons , en partie , comme lui.
Par conséquent, nous pouvons dire que par nos sentiments, nos intentions, qui se reflètent dans le cerveau des autres, nous provoquons le même état, les mêmes sentiments, intentions, idées. Nous les influençons directement. Nous sommes inconsciemment ou consciemment des pédagogues par rapport aux autres.
Cela est encore plus valable pour les enfants qui apprennent en imitant tout naturellement ce qu’ils voient. En présence de l’adulte, ils captent et enregistrent automatiquement ce qui se passe dans le cerveau de l’adulte et l’imitent ; ils apprennent et acquièrent des comportements, des qualités et des capacités.
Les enfants enregistrent ainsi dans leur cerveau un répertoire des sentiments, des idées et des comportements du monde extérieur et les reflètent à leur tour.
Notre système nerveux est construit de façon qu’il puisse être en liaison avec le système nerveux des autres. Nous vivons avec les autres, comme si nous étions dans leur corps. Nous nous synchronisons avec leur vécu et leur expérience et eux avec les nôtres.

En conséquence, il est facile d’imaginer les liens forts qui existent entre la mère enceinte et son enfant. Dans cette relation étroite, entre la mère et l’enfant qu’elle porte dans son ventre, les sentiments d’amour de la mère, liés à des images élevées de vertus que son imagination nourrit pour lui, imprègnent et s’enregistrent dans le corps de son enfant. Les deux cerveaux, de la mère et de l’enfant, communiquent constamment, par leurs neurones-miroirs. Les neurones-miroirs de la mère envoient à chaque instant messages, sentiments, images qui sont reçus par les neurones-miroirs naissants de l’enfant. Ces messages sont reflétés et engendrent en lui le même désir, les mêmes images, les mêmes idées que celles de sa mère.

Une communication se fait au niveau du système nerveux des deux êtres. Et les souhaits et désirs de la mère se reflètent sur le système nerveux de l’enfant, créent en lui par résonance, le désir de réaliser le message reçu et de devenir comme la mère le souhaite.

La répétition de ces désirs s’enregistre profondément sur le système nerveux de l’enfant et programme en partie sa vie future.

Par ces neurones-miroirs récemment découverts, nous pouvons éventuellement donner une explication scientifique à ce mystérieux pouvoir formateur de la femme enceinte, dont parlaient dans leurs traités les gynécologues du passé. De même, toute la tradition populaire, dans toutes les régions de la Grèce et dans d’autres peuples ont célébré ce pouvoir formateur. Il en est de même avec les philosophes de l’Antiquité grecque qui ont aussi honoré cette faculté.

Les nouvelles découvertes de la génétique : L’Epigénétique.

Le déterminisme génétique qui prévalait jusqu’à ces dernières décennies n’est plus valable aujourd’hui. Au début du 21ème siècle il y a eu démystification de l’ADN et tout le programme génétique de l’être humain a été analysé. Cette analyse a démontré que l’ADN de l’être humain était pour 99% identique a celui du singe. D’autre part l’analyse génétique des squelettes de nos ancêtres datant de 100.000 ans a montré que la composition de leur ADN était identique à celui de l’homme du 21ème siècle. Il en résulte que toutes les capacités de l’être humain, celles qui caractérisent ses progrès, son évolution et ses capacités spécifiques de parole, de communication, d’expression sentimentale ne sont pas régies uniquement par le programme génétique. Une transmission importante se fait à travers l’éducation et la culture dont les agents les plus proches sont la mère et la famille.
Les chercheurs appellent ce processus de communication des capacités d’une génération à l’autre : transmission transgénérationnelle des caractères acquis.

Des chercheurs ont fait des expériences avec des souris de deux races très différentes: Ils ont pris des souris – embryons d’une femelle, appartenant à une race (qui manifestait des caractéristiques bien déterminées) et les ont implantés dans l’utérus de femelles de l’autre race, ayant des caractéristiques bien différentes. Les bébés – souris avaient les qualités et les comportements de la mère qui les a portés et non de la mère dont provenaient les embryons. Ce qui signifie que tout ce qui est manifesté à la naissance n’est pas nécessairement dû aux gènes, mais aussi résulte en partie du vécu et des acquis dans l’utérus maternel.
Dr. Michael Meaney chercheur en neurosciences (à l’Université Mackgiel de Montréal) a fait des recherches sur des souris, dans les 12 heures qui ont suivi leur naissance. Il a conclu que l’éducation, dans cette période primale, peut changer la chimie des gènes. Ceux qui ont reçu les soins de leur mère multiplient leurs neurones, leurs capacités, et les femelles deviennent plus tard, des mères tendres et habiles.
Dr. John Grabbe, généticien comportementaliste (à l’Université d’Oregon – Centre Médical de Portland) dit : « Les gènes ne fonctionnent pas indépendamment de leur environnement. C’est seulement la combinaison des deux qui peut assurer que les gènes vont fonctionner de la meilleure façon. On peut dire que la parentalité est un exemple de ce qu’on pourrait appeler epigénétique sociale ».
« L’important n’est pas seulement les gènes que nous avons, mais la façon dont ces gènes s’expriment.
Nos expériences changent l’expression des gènes, sans changer notre ADN.
L’environnement programme les gènes et la façon dont il seront activés
(John Grabbe) ».

Les gènes portent des potentialités qui pourront s’exprimer selon les qualités et conditions favorables du milieu qui les accueille. Le cerveau humain change, en fonction des expériences accumulées.
Les recherches de l’épigénétique actuelle étudient le comportement des parents vis-à-vis de l’enfant en développement. Ces découvertes montrent que l’éducation forme et « formate » le cerveau de l’enfant.

Capacité d’apprendre

Les chercheurs travaillant sur le cerveau humain ont été ravis de la plasticité de cet organe et de sa grande capacité d’apprendre.
Ils ont pu démontrer que les enfants ont une grande capacité d’apprendre et d’acquérir des capacités avant même leur naissance. Ils acquièrent des expériences par leur vécu dans l’environnement utérin. Les expériences sont assimilées dans leur cerveau, sous forme de nouvelles synapses entre les cellules nerveuses. Toutes les capacités de l’enfant qui naît ont pris racine dans ses expériences vécues dans l’utérus maternel.
L’enfant prénatal est un être vivant et son développement devient possible seulement avec le lien et la communication constante avec son environnement maternel. Les expériences sensorielles jouent un rôle décisif.

La différence importante entre le cerveau humain et le cerveau des autres mammifères est le ralentissement dans le rythme de développement du cerveau humain.
Ce ralentissement dans le processus du développement de l’être humain lui a permis une plus grande ouverture aux influences créatrices extérieures. Ces influences de l’environnement extérieur l’enrichissent et font évoluer le cerveau. Une règle de la nature du vivant énonce que : « Plus le processus est lent, plus les effets sont importants et les résultats perfectionnés ».

Les chercheurs dans le domaine du cerveau ont fait une découverte importante. Par le mental, l’enfant ne peut apprendre rien de nouveau. Il peut seulement ajouter de nouveaux éléments à ce qu’il connaît déjà. Cela est dû à une simple raison. Le nouveau peut être assimilé seulement s’il est lié avec une connaissance déjà existante.
Cette règle est valable pour les adultes aussi bien que pour les enfants.

L’explication, que les chercheurs donnent, est la suivante : Quand une nouvelle expérience arrive des organes sensoriels au cerveau, une combinaison spéciale caractéristique se manifeste, par un ensemble d’étincelles aux synapses des neurones du cerveau qui sont touchées.
Ces étincelles créent une agitation dans le cerveau qui trouble ses processus jusqu’alors habituelles.
Cette agitation ne cesse qu’au moment où la nouvelle expérience est acceptée, classée et a trouvé sa place auprès d’expériences déjà connues et enregistrées antérieurement.

Si malgré cet effort intense la nouvelle expérience ne peut pas trouver une ancienne empreinte pour être classée, elle est traitée par le cerveau comme absurde et elle est ignorée.
S’il est nécessaire que l’enfant nouveau-né lie ses nouvelles expériences aux anciennes pour apprendre, nous devons accepter l’idée que, quand il vient au monde, il porte en lui déjà de nombreuses expériences, qu’il a apprises lors de sa période prénatale. Sinon il ne pourrait rien apprendre de nouveau.

D’où viennent chez l’enfant prénatal, les schémas antérieurs ? C’est l’ADN et les gènes qui portent ces enregistrements dans le noyau de la cellule.
Ces inscriptions portées par l’ADN et les gènes ne sont disponibles que si l’environnement est favorable et que des signaux dans le sein maternel la réactivent.
Les chercheurs ont conclu que si l’être humain a une si exceptionnelle capacité d’apprendre, cela est dû au fait qu’il n’est pas entièrement génétiquement programmé.
Toute nouvelle expérience que l’enfant prénatal acquiert par des perceptions sensorielles, affectives et mentales. Elle est enregistrée avec les acquis antérieurs, et enrichit ses capacités sur tous les plans. Elle enrichit aussi les neurones de son cerveau.

L’absence de déterminisme génétique total chez l’être humain offre ainsi une très grande capacité d’adaptation aux conditions et influences de l’environnement.
Cela signifie en même temps que ces conditions de l’environnement jouent un rôle important dans le développement de l’être humain.

La joie d’apprendre

Elle se prépare avant la naissance. Un enfant qui apprend et en éprouve de la joie, a déjà appris avant sa naissance. Cette joie d’apprendre vient du processus qui lie une nouvelle expérience… sensorielle ou autre, à la richesse de ses expériences passées.

La capacité de se dépasser

Chaque enfant, qui a vécu une vie intra-utérine positive aura fait l’expérience qu’il pourra toujours se dépasser dans sa vie quotidienne. Il peut toujours apprendre quelque chose de nouveau, en se dépassant.
Cette capacité de se dépasser est « biologique ». Elle est inscrite dans la première cellule qui est programmée pour se diviser en deux -ainsi de suite- en se dépassant à chaque fois.
L’expérience, qu’on peut toujours se dépasser, est capitale pour l’avenir de l’enfant et de l’adulte. Cette « faim » est un vrai désir de faire de nouvelles choses, d’évoluer constamment, de dépasser ses difficultés et de continuer son évolution. Cette capacité est un vrai trésor pour sa vie. Elle contient aussi bien la joie de la découverte, la confiance en soi, la capacité créative, la foi que tout problème peut trouver sa solution.
Cette aptitude au bonheur de créer sa propre vie, accompagne les enfants qui ont reçu l’amour, l’acceptation de leurs parents et, à travers eux des expériences prénatales heureuses.
La sensation ou le sentiment de rejet de la part des parents ou d’autres proches, vécu inconsciemment dans le sein maternel et des expériences négatives répétées, peuvent le couper de ce trésor et diminuer la qualité de son existence.

Épilogue

Ces dernières années, nous avons modifié plusieurs fois nos idées sur la vie prénatale.

A. Il y a peu, nous croyions que le développement prénatal était commandé, uniquement, par le programme génétique et que la décodification de ce programme nous donnerait des renseignements exacts sur toutes les caractéristiques psycho-biologiques de l’enfant.
Mais il a été démontré que cette idée était partiellement erronée. Les génomes paternel et maternel, unis dans la première cellule, ne constituent que des potentialités du développement ultérieur. Ce qui va se développer, en réalité, dépend du milieu dans lequel l’œuf fécondé va être accueilli. Donc de l’importance fondamentale du vécu physique, psychique, social et culturel de la femme enceinte.

B. Nous avons abandonné aussi l’idée que l’enfant peut apprendre seulement après sa naissance. La vérité est tout le contraire : pendant les neuf premiers mois de sa vie embryonnaire et fœtale, l’enfant acquiert les bases de beaucoup plus de choses que durant toute sa vie.
Et notamment ce qu’il a appris avant sa naissance joue un rôle décisif sur ce qu’il aura la possibilité d’apprendre plus tard.

C. Nous devons aussi quitter l’idée que l’enfant avant la naissance se développe par lui-même et que les parents n’exercent aucune influence sur la façon dont ce développement se déroule.
L’enfant devient un membre efficace de la société où il va vivre grâce à ce qu’il reçoit de ses parents, de sa famille, de toute la socio-culture et la civilisation qui l’entoure. Les sentiments, les expériences, les capacités, les valeurs vécues, influencent profondément le futur enfant. Ils l’aideront à créer et à stabiliser des synapses appropriées dans son cerveau, à les assimiler à ses images intérieures et à les intégrer dans sa propre architecture cérébrale. Sans la riche expérience du passé intra-utérin, il ne pourrait pas mettre en valeur ses nouvelles connaissances ni construire son propre miroir du monde. Des limites sont fixées pendant cette période, entre autres, pour l’acquisition de connaissances.
Si les conditions n’ont pas été favorables, des maladies et des comportements antisociaux peuvent se manifester dans sa vie, notamment à la puberté ou bien plus tard.

Les enfants avant leur naissance, ont besoin pour leur évolution de sentir qu’ils sont les bienvenus, qu’ils sont en sécurité, que la vie est belle et qu’ils peuvent former des relations d’amour avec les autres. Toute nouvelle marche franchie repose sur ce qui est déjà assimilé dans leur cerveau. Pour avancer, ils ont besoin d’expériences positives.

Toute évolution repose sur la richesse de la relation.

<— Retour aux Publications

One thought on “Les Neurones-miroirs – L’Epigénétique – La Capacité d’Apprendre

  1. Payen

    Très bel article fort interessant
    Ne pas oublier que toutes sortes de pollutions exterieures ( chimiques, physiques …, chocs emotionnels etc) peuvent altérer l’expression de nos gènes : altération même chromosomique, de la synthèse des protéines , gènes activateurs , gènes represseurs.

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *