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De l’enfant imaginaire à l’enfant réel

Cette intervention a été faite à Liège et Karlsruhe en ouverture de séminaires pratiques faisant suite à une conférence intitulée :

« De l’enfant imaginaire à l’enfant réel »

Marie-Andrée BERTIN – Présidente de l’O.M.A.E.P.

L’imaginaire : réservoir d’images conscientes et inconscientes

Illustration

Voulez-vous jouer avec moi ? Oui ?

Le jeu est permis dans un séminaire. Alors je vous demanderai de jouer ce jeu à fond.

Fermez les yeux et détendez-vous.

Vous êtes dans une forêt sombre. Vous courez, une meute de chiens est à vos trousses. Leurs aboiements furieux se rapprochent. Vous vous retournez : leurs yeux ardents, leurs crocs acérés, leurs gueules baveuses vous épouvantent. Vous n’avez qu’une idée : courir, ne pas être dévoré, courir, courir plus vite, plus vite, encore plus vite…

Puis les aboiements s’éloignent. De plus en plus. Ils cessent. Vous vous retournez, plus de chiens. Sauvé !

Sentez l’état de votre corps : cœur, respiration..

Soufflez profondément pour évacuer l’émotion… encore… encore

Vous reprenez une marche lente.

Vous arrivez à une clairière et vous vous allongez sur un épais tapis d’herbe tendre. Le soleil vous caresse de ses chauds rayons.

Prenez conscience de vos nouvelles sensations corporelles, de votre état émotionnel.

Puis, à votre rythme, revenez, dans cette salle.

Qu’avez vous éprouvé ?

Tout d’abord peur, accélération du cœur, de la respiration. Puis calme, paix, sérénité.

Vous venez d’expérimenter l’impact puissant des images mentales sur les plans émotionnel et corporel.

Quand une femme est enceinte, ces effets se répercutent par les voies hormonales et énergétiques sur l’enfant qu’elle porte.

Pendant des millénaires, pour des nécessités de survie, l’espèce humaine a mis en place des systèmes de défense par la fuite ou le combat.

Ils sont encore présents en nous et sont réactivés dans l’enfance par des peurs, des cauchemars, voire des menaces d’adultes : le croque-mitaine, les gendarmes…

Le cerveau, selon ses vieux automatismes, peut réagir aux images mentales comme à des situations réelles. Ces réactions de survie jouent encore aujourd’hui dans les stress que nous subissons, entraînant souvent des réactions excessives, inadaptées au réel.

Comment sortir de cette cavalcade infernale et éviter ainsi de transmettre ces peurs-réflexes ?

Le mouvement de la vie va du passé au futur à travers nous, qui sommes le maillon actif du présent, capable de modifier consciemment le cours des choses. Comment ?

Par le lâcher prise, la relaxation, la visualisation d’images positives, la méditation et, pour ceux qui la pratiquent, la prière. Toutes ces activités font appel à notre imagination créatrice.

L’imagination, fonction créatrice de l’esprit humain, est un écran à double face où se projettent

les images de notre passé :

  • personnel ( Freud )
  • familial ( récemment mis en évidence en France et au Brésil )
  • collectif ( Jung ) : national, racial, religieux

et les images du futur : désirs conscients ou appréhensions, tous deux sous-tendus par le contenu de l’inconscient et existant sur ces trois mêmes plans :

  • personnel
  • familial
  • culturel

« La puissance créatrice de ces doubles projections parentales vérifie le postulat : le bébé nait déjà dans la tête de ses parents » (1)

Notre inconscient personnel est chargé des émotions positives et négatives de notre enfance, de notre naissance, de notre vie prénatale, de l’ambiance de notre conception, de plus loin encore selon certains.

Le Dr PARQUET, pédiatre à Lille (2) rapporte des réactions manifestées par ses patientes.

« Une jeune femme enceinte dessinait son foetus avec un béret de marin. Son père avait été marin et vantait cette période comme la plus heureuse de sa vie. Sa fille devenant mère, inscrivait son enfant dans cette filiation heureuse ».

Par contre une autre mère déclarait : « j’étais un ciment entre mes parents, je ne voudrais pour rien au monde que mon enfant soit cela ».

Ceci donne à penser qu’il est bon d’éviter de projeter sur l’enfant des désirs réparateurs d’échecs, d’un manque d’amour, d’un deuil, qu’il est bon de prendre conscience des motivations de son désir d’enfant, afin de rompre une éventuelle chaîne négative. Ainsi, il n’y aura pas « un fantôme » derrière l’enfant (2). Il pourra alors, en toute liberté, devenir lui-même, tel qu’il est dans son essence.

Il serait sain d’évacuer ces empreintes négatives le plus tôt possible, pour soi-même, en tout cas avant de concevoir un enfant. Mieux encore : avant de former un couple.

Par la psychanalyse classique ? Veiller alors à ne pas réimprimer les images qui remontent et à ne pas les fixer par des paroles répétitives. Puis, dès que possible, accéder au pardon libérateur et construire un nouvel imaginaire et de nouveaux schémas réactionnels.

Penser aux techniques corporelles, aux thérapies brèves (kinésiologie, PNL, gestalt, rebirth…etc…) qui permettent le déblocage rapide de nœuds émotionnels « cristallisés » dans le corps.

Notre inconscient familial récemment mis en évidence par des chercheurs au Brésil et en France (Anne ANCELIN-SCHUTZENBERGER à Nice, Mme BASTIEN à Lyon) joue aussi son rôle de guidance souterraine.

Des dates anniversaires de faits marquants : naissances, mariages, maladies graves, morts violentes se reproduisent parfois de génération en génération dans une même famille.

Mme BASTIEN dit que nous portons le poids de quatre générations, la bible parle de sept.

Averti, on peut atténuer les effets de ces répétitions, voire les annuler.

Mais ce qui pèse le plus lourd, ce sont les non-dits, les choses cachées : maladies dites honteuses, crimes, suicides, faillites… etc …Il se trouve alors dans une génération donnée, parfois dans chaque génération, un individu qui prend en charge l’événement et le manifeste jusqu’à ce qu’il soit consciemment, officiellement reconnu par la famille.

Sur le plan familial, comme sur le plan individuel, la loi est identique : les choses doivent être dites, acceptées, pour que l’on en soit libéré.

Dans l’inconscient collectif, le même mécanisme se répète. Anne ANCELIN-SCHUTZENBERGER a vu guérir tous ses patients arméniens après la reconnaissance officielle, par le tribunal d’Aix-la-Chapelle, du génocide de leur peuple.

Un maître mot : se libérer. Autant faire se peut, acquérir sa propre liberté intérieure, afin de préserver au maximum celle de l’enfant souhaité.

De l’enfant imaginaire à l’enfant réel : les étapes

« Le désir d’être parent précède le désir d’enfant, nous disent BRAZELTON et CRAMER (1). Ces deux impulsions naissent de la créativité présente en tout être humain ».

Le désir d’être parent est celui de conquérir la puissance de ses propres parents.

Pour la femme, devenir comme sa mère, c’est résoudre définitivement son « Oedipe » où la mère était l’être gênant l’accession au père, et, au-delà, à l’homme et à sa propre féminité. Nombre de grossesses d’adolescentes ont ce mobile inconscient.(1)

Le désir de l’enfant, « appel de la vie à elle-même » selon Khalil GIBRAN, est plus nuancé, souvent lié à une relation : « Je veux un enfant de toi ». Il devient la concrétisation d’un amour (3).

Cependant, pour la femme, la préhistoire de son désir d’enfant prend racine dans sa propre enfance.

Accepter son désir d’enfant est plus facile pour la femme que pour l’homme : elle le joue avec ses poupées depuis ses premières années. Cependant, à l’âge adulte, il peut être en conflit avec un désir de carrière personnelle.

Mais, dans une grande majorité des cas, BRAZELTON et CRAMER constatent chez la femme « une stupéfiante capacité de réorganiser sa vie pour le bien-être de son enfant ».

Chez l’homme actuel, l’acceptation est souvent plus difficile. « Il veut encore vivre sa sexualité sans responsabilité… et l’image de son propre père conditionne ses capacités à devenir père ».

L’aide de sa compagne lui est souvent nécessaire : « le moteur, c’était Agnès. Elle avait une idée très précise de ce qu’elle voulait. Son travail a été de me convaincre » (4).

illustrationRéaliser la présence d’un enfant vivant pendant sa grossesse constitue une nouvelle étape. « La femme est confirmée dans sa maternité par l’autorité médicale ».(3) Pour certaines, c’était déjà une intuition sûre.

« Enfin, je suis habitée » s’exclame une jeune femme. L’enfant la convoque dans sa corporalité. (3)

L’enfant imaginaire devient l’enfant du ventre dont il fait partie.

Au niveau du subconscient, il est la compensation du manque de pénis éprouvé dans la petite enfance. « Je suis enceinte ».

La femme fécondée devient capable d’offrir à l’homme ce qu’il ne peut réaliser seul. Elle accède ainsi à un autre palier de reconnaissance par l’homme, par la société… et par elle-même. Elle devient l’égale de sa mère.

Fécondée, elle devient fécondante et, par sa parole, insémine la pensée de l’homme : c’est l’annonce faite au mari (3).

Le père, souvent un visuel, est ému par la première échographie. « J’ai vu la petite tête … quelle émotion ! J’avais les larmes aux yeux. A partir de ce moment-là, j’ai réalisé que nous attendions un enfant » (4).

La mère parfois, se méfie de l’échographie : « Regarde, toi » dit-elle au père.

Elle peut même être déçue : « C’est ça le bébé ? » Il était tellement plus beau dans son imaginaire !

Le docteur SOULE voit dans l’échographie une interruption volontaire de fantasmes.

Le docteur Françoise DOLTO rapporte les paroles d’une future mère refusant la révélation de l’image échographique. « Je ne veux pas savoir avant la naissance si mon enfant est une fille ou un garçon. Je veux rêver que cet enfant appartient à lui-même. Qu’il vive comme il a besoin de vivre, je l’aime autant garçon que fille….» (5)

illustrationQuand l’enfant bouge, il se révèle comme un être distinct de sa mère. La femme qui disait : « Je suis enceinte » dit maintenant : « J’attends un enfant » (1). C’est la première rencontre mère-enfant.

Une nouvelle relation s’instaure qui peut rapprocher ou éloigner l’homme et la femme l’un de l’autre. La mère peut capter l’enfant et en interdire l’accès au père, cultivant l’illusion qu’elle seule a produit l’enfant.(1)

Mais heureusement, le plus souvent, elle partage son expérience avec le père qui en retour l’enrichit : « Donne-moi ta main, je vais te faire sentir ». Et la main qui ne fait rien, se pose et attend. Et on voit dans les yeux du père si l’enfant a bougé. (1)

Le père n’oubliera jamais cela. Pour lui, être présent tout entier dans cette main qui dit seulement « Je suis là », c’est abandonner beaucoup (3). En particulier le stéréotype de l’impératif viril qui pèse encore si lourd sur les hommes d’aujourd’hui.

L’enfant fait naître un père responsable.

L’enfant imaginaire, devenu l’enfant du ventre maternel est maintenant l’enfant du cœur des deux parents. (3)

On entrevoit ici tout l’apport de l’haptomonie, méthode de communication affective très profonde par le toucher abdominal conscient, mise au point par Frans VELDMAN.

La main du père marque aussi les limites de la mère, le début du monde extérieur. Par ce geste, le père est déjà éducateur.

Les enfants pleureraient moins si c’était les pères qui les conduisaient à l’école (3).

Au-delà de ce tableau idéal, il y a parfois des fuites. Le père peut fuir. A l’autre bout du monde, dans le travail ou dans une autre relation.

Il arrive aussi que la mère se dérobe : l’expérience est trop belle…(3)

Parfois surgit la jalousie de l’homme envers la femme qui vit quelque chose qu’il ne peut vivre lui-même, une relation magique qui lui échappe. Il lui faut souvent du temps pour intégrer ce que la femme a et qu’il n’a pas. Cette phase est similaire à celle que vit la fille quand elle découvre qu’elle « n’a pas de zizi ». Certains hommes vont même jusqu’à faire des « bébés digestifs », des « grossesses nerveuses ».

La mère peut aider le père en lui faisant comprendre que sa participation est importante pour elle et pour l’enfant et combien l’attente partagée est enrichissante pour tous les trois.

Le père peut aider la mère en l’entourant de tendresse et en lui manifestant sa fierté. Un proverbe chinois ne dit-il pas que si la mère porte l’enfant, il appartient au père de porter la mère et l’enfant.

Le futur père peut aider également sa compagne en lui montrant qu’il l’aime toujours, malgré une silhouette passagèrement modifiée, que son amour s’approfondit, qu’il comprend et accepte les changements psychologiques qu’elle connaît : ils sont normaux et créateurs.

Toute femme enceinte a, en effet, une sensibilité plus grande qu’à l’accoutumée. Il se produit en elle une intériorisation, une sorte de régression vers un état symbiotique fœtal qui lui permet de connaître son fœtus par empathie et la prépare à ressentir ses besoins après sa naissance. Par exemple, les femmes africaines non intellectualisées poussent très loin cette faculté. Elles portent sur leur dos leur bébé sans couches et ne se laissent jamais mouiller : elles ressentent le besoin de l’enfant avant qu’il ne s’exprime.

Le couple qui pratique une éducation prénatale consciente, parlant à l’enfant, chantant pour lui, le visualisant investi des plus belles qualités humaines et les manifestant, sera propulsé par une joie profonde vers une nouvelle dimension de son amour.

Le couple doit cependant garder à l’esprit que s’il donne ainsi de façon certaine « un plus » à son enfant, il lui faut écarter toute exigence, toute certitude de mettre au monde un enfant parfait. Ce bébé-là, comme les autres, salira ses couches, peut-être pleurera la nuit, etc …

Que père et mère se gardent aussi de chercher à être « des parents parfaits ». Cela mènerait l’enfant à une culpabilité destructrice et / ou les parents à un ressentiment envers l’enfant qui ne répond pas, en miroir, à leur désir excessif et déraisonnable de perfection.

S’approcher du meilleur de soi-même certes, mais sans rien forcer, simplement, dans la joie de coopérer à l’œuvre créatrice de la nature.

La naissance : confrontation de l’enfant réel à l’enfant imaginaire

L’accouchement / naissance est un moment très fort pour la mère qui accouche et pour l’enfant qui naît.

L’enfant passe d’un milieu liquidien, protégé, où tous ses besoins sont satisfaits, à un monde aérien où il lui faudra s’adapter à la pesanteur, réguler sa température, apprendre à respirer, prendre lui-même sa nourriture, adopter ses parents et les séduire, s’adapter à son nouvel environnement.

La mère (et dans une certaine mesure le père) accouche dans une douleur plus ou moins contrôlée. Ils connaissent des remontées conscientes ou inconscientes des émotions de leur propre naissance. Pour chacun d’eux, il y a émergence de forces nouvelles, réorganisation intérieure.

Si père et mère ont eu le sentiment de travailler ensemble à une œuvre commune, le couple connaîtra une renaissance, dans une autre forme, à un autre niveau.

L’enfant réel est confronté à l’enfant imaginaire.

« Ils vont soit s’aimer, soit se bagarrer. De toute façon, ils vont vivre ensemble.

Dans quelques cas, hélas, l’enfant reste longtemps, parfois à vie, l’enfant imaginaire de ses parents ».(3)

Il arrive aussi que l’enfant se révèle handicapé. Les parents ont alors à faire le deuil de l’enfant imaginaire pour adopter l’enfant réel, et c’est souvent très douloureux.

L’équipe médicale, l’entourage peuvent aider le couple à dépasser le moment bien compréhensible de la révolte : « Pourquoi ? Pourquoi nous ? », puis à surmonter la tentation du repli sur leur malheur.

C’est une dure épreuve, certes, mais l’enfant handicapé peut apporter beaucoup. On a vu des familles transformées et heureuses lorsque parents et fratrie s’investissent dans une action dynamique en faveur de cet enfant-là.

Un certain deuil est aussi à faire quand l’enfant n’est pas du sexe désiré.

N’est-ce pas plus difficile et plus long à réaliser seul, au niveau imaginaire, intérieur, après le diagnostic de l’échographie, qu’autrefois, après la naissance, quand l’enfant était là pour conquérir l’amour de ses parents ? Certains le redoutent et ne veulent pas savoir.

Un deuil vécu consciemment s’avère nécessaire également lors d’une IVG ou d’un décès de l’enfant.

Deux exemples nous sont donnés par le Pr PARQUET (2)

Le premier est celui d’une jeune femme dont le frère, anormal, a, dit-elle « gâché » la vie de ses parents. Or, l’échographie révèle chez l’enfant qu’elle porte, une tête anormalement grosse. Une IVG thérapeutique est prévue et la jeune femme éprouve le besoin d’en parler au pédiatre en ajoutant : « Gardez cette conversation dans votre mémoire ». Ce médecin attentif était pour elle une digne sépulture pour son enfant inachevé.

Un autre cas éclairant est celui d’une jeune femme qui met au monde un enfant prématuré. Le père photographie l’enfant, mais celui-ci décède. La mère ne le revoit plus, n’assiste pas à l’ensevelissement. Le deuil est difficile. La mère déprime jusqu’au jour ou elle va enterrer dans la tombe familiale, la photo prise par son mari. A partir de ce moment, son état physique et moral s’améliore rapidement.

Ce geste réparateur montre combien il est nécessaire de vivre les choses, au moins symboliquement, pour pouvoir les accepter et les intégrer. Croire que l’on va éviter une souffrance à quelqu’un en le soustrayant à un événement pénible revient à transformer une crise aiguë contrôlable et salutaire en un état chronique sur lequel on n’a pas de prise.

Il est plus constructif d’accompagner et de soutenir la personne dans l’épreuve qui s’impose à elle. Dans le passé, certains rites de passage avaient ce rôle.

La plupart du temps, quel qu’ait été l’enfant imaginaire, l’enfant réel suscite l’émerveillement de ses parents et de la famille élargie… qui se livre au jeu des ressemblances.

Attention à ce qui se dit autour du berceau !

Les études psychologiques rejoignent les contes de fées. L’enfant enregistre tout dans sa mémoire subconsciente. Les paroles de Carabosse ou de la marraine bienfaisante sont organisatrices du futur de l’enfant. « J’ai reçu ma feuille de route dans mon berceau », dit HEINE.

On sait aujourd’hui combien l’accueil de l’enfant est important pour son avenir.

Goethe affirmait déjà : « Quand on a été l’enfant chéri de sa mère, on a confiance en soi, on va vers le succès ».

Cela est vrai, mais ajoutons aussi, surtout s’il y a, en même temps, reconnaissance et valorisation par le père.

Si la naissance est une rupture obligée, l’allaitement rétablit une continuité.

Par l’allaitement maternel, l’enfant demeure nourri par le corps de sa mère. Les psychanalystes nous disent que le placenta nourricier et le cordon ombilical conducteur sont remplacés par le sein et le mamelon. Une similitude que l’enfant éprouve comme un repère sécurisant.

Pour la mère, il y a objectivation de ce qui était avant la naissance. L’enfant se nourrissait à l’étage vital du corps maternel par le sang. Maintenant, la mère nourrit consciemment son bébé à l’étage émotionnel, affectif de sa personne, par le lait. Ce don d’amour est très précieux à l’un comme à l’autre.

Et si, pour une raison ou une autre l’allaitement au sein est impossible, il peut rester un moment tout à fait privilégié de contact et d’échanges affectifs entre la mère et l’enfant.

statueQuant au père, il lui faut accepter l’autre, partager sa femme avec cet autre. Cela se passe sans problème si la grossesse a été vécue avec le sentiment de construire une œuvre commune, si le nouvel être a déjà été rencontré, désiré, aimé avant de naître.

Cependant, il reste au père qui voit la mère allaiter leur enfant, à accepter, là encore, qu’elle vive quelque chose que lui ne peut connaître.

C’est ainsi qu’au cours d’une journée parisienne autour de la naissance, un jeune père revendiquait sa place avec véhémence : « le biberon, c’est bien mieux parce que le père peut le donner aussi ».

A quoi le psychanalyste, Olivier MARC répondit : « écoutez, Monsieur, j’ai eu tant de joie à voir mon épouse allaiter nos enfants que j’en aurais eu certainement beaucoup moins à leur présenter moi-même une bouteille ».

Partager la joie de l’autre, se réjouir du bonheur et de la plénitude du partenaire révèle un amour authentique pour lui, au-delà d’un amour imaginaire qui n’est, au fond, qu’amour de soi.

Pour le couple, enfin, vivre avec l’enfant réel, c’est accepter de modifier ses rythmes de vie en fonction de ceux qui sont nécessaires au développement du bébé. Certains y parviennent d’emblée, comme naturellement, d’autres ont besoin d’un temps de rodage.

Cela se fait d’autant mieux que les parents ont dépassé leur « Oedipe » et d’autres problèmes de leur enfance. Ils sont alors libres pour se mettre à l’écoute de leur bébé.

Ils sont alors capables également de prendre conscience et d’apprécier l’apport de cet enfant : il a transformé une femme en mère, un homme en père. Il a donné à ses parents l’occasion de découvrir, d’acquérir une autre dimension d’eux-mêmes. Il les inscrit aussi dans la chaîne des générations, les invitant ainsi à prendre un pari réfléchi sur le futur.

Mais l’enfant réel est aussi un être libre qui aura sa vie propre.

Il ne vient pas concrétiser les ambitions des parents, ni réparer deuils et frustrations. Il est là pour réaliser ce qu’il est dans son essence. Il appartient au père et à la mère d’être à son écoute, de l’accompagner dans son épanouissement, son travail d’autonomisation progressive, de construction de soi et de son idéal de vie.

Là encore, les parents doivent éviter l’exigence de recevoir un enfant parfait, ils ne doivent pas non plus s’imposer le devoir illusoire d’être des parents parfaits : cela n’entraînerait que culpabilité, malaises, conflits.

Ils ne sont pas chargés de « fabriquer un produit performant ». Ils sont deux êtres humains qui, par amour de la vie, transmettent cette vie à un nouvel être qu’ils accompagnent de leur mieux avec lucidité, simplicité, sollicitude, dans l’authenticité de leur propre personne.

Ce nouvel être humain, comme chacun de nous, continuera, avec cet héritage, en toute responsabilité et liberté, sa propre formation et tracera son chemin de vie personnel.

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One thought on “De l’enfant imaginaire à l’enfant réel

  1. Kazo

    Votre article est très intéressant mais je ne trouve pas les références bibliographiques??

    Reply

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