Par Marie-Andrée BERTIN
Enseignante, présidente de l'O.M.A.E.P.
Organisation Mondiale des Associations pour l'Éducation Prénatale
Ouverture du Congrès d'Italie à Milan - les 9 et 10 Juin 2001
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Bonjour ! Buono giorno !
A mon tour d'avoir le privilège de vous saluer et de vous souhaiter la bienvenue à tous, au nom de l'O.M.A.E.P., l'Organisation Mondiale des Associations pour l'Éducation Prénatale.
Vous me permettrez d'adresser nos vifs remerciements à l'équipe d'Italie, animée par sa présidente : Gabriella FERRARI, et d'assurer de notre cordiale sympathie le Dr Janus, président de l'ISPPM, l'International Society for Pre and Perinatal Psychology and Medecine, qui collabore activement avec l'O.M.A.E.P. Italie.
Et je joins notre gratitude à celle exprimée par Mme FERRARI à toutes les personnes qui ont facilité l'organisation de ce Congrès.
L'O.M.A.E.P. a été créée en 1991 par les six associations existant à l'époque. Elle fête en 2001 son 10ème anniversaire avec 16 associations réparties sur trois continents, alors que deux sont en formation.
Le but de l'O.M.A.E.P. est de promouvoir l'éducation prénatale au plan mondial. Pour ce faire, elle rassemble les associations nationales, favorise par des échanges leur enrichissement mutuel et coordonne leurs actions, souvent autour d'un thème commun.
L'O.M.A.E.P. recherche également toute coopération possible avec des organisations de professionnels telles que l'ISPPM en europe et son homologue américaine intervenue très largement au IVè Congrès Mondial de l'O.M.A.E.P. organisé en Avril 2001 par l'association du Venezuela (rappelons les congrès Mondiaux précédents, qui eurent lieu à Grenade en 93, à Athènes en 94 et à Rome en 98).
Le but des associations nationales est de rassembler et de diffuser les connaissances scientifiques et psychologiques actuelles concernant la vie prénatale, qui permettent aux jeunes de se responsabiliser et aux futurs parents de favoriser un développement physique et psychique optimum chez l'enfant à naître.
Les connaissances actuelles, c'est vous, Mesdames et Messieurs les intervenants qui nous les apportez. Et vous, Mesdames et Messieurs les congressistes : professionnels accompagnant les couples, éducateurs et parents ayant en charge les jeunes, vous les récolterez pour enrichir votre pratique et les transmettre aux jeunes et aux futurs parents qui en sont les ultimes destinataires.
Car ce sont eux, les futurs parents, qui sont les éducateurs de l'enfant prénatal avant d'être ceux de l'enfant et de l'adolescent.
Il me faut préciser ici ce qu'est l'éducation et la distinguer de l'instruction. L'instruction est la transmission de savoirs et de savoir-faire alors que l'éducation concerne le développement des potentialités de l'individu et son adaptation au monde. De la racine latine " educare " dérivent deux notions complémentaires : l'une nourrir, prendre soin de, l'autre faire sortir, tirer hors de, conduire vers; Et c'est bien de cela qu'il s'agit quand nous parlons d'éducation prénatale.
Il est très important de distinguer l'éducation de l'instruction si l'on veut éviter toute erreur dommageable pour l'enfant. Si on veut éviter de lui faire violence. En effet, il n'y a rien à apprendre au ftus : tenter de le faire serait arbitraire et dangereux.
Pourquoi dangereux ? Parce que l'embryon, puis le ftus, ont un immense travail intime à accomplir. Chaque embryon récapitule la phylogénèse, l'histoire de la vie depuis l'apparition de la première petite algue bleue née du soleil et de la mer, jusqu'à l'être humain si complexe ! Puis, embryon et ftus intègrent les informations particulières venues des deux lignées parentales, et ils inscriront ensuite celles de leur propre vécu prénatal dans leurs mémoires cellulaires. Car chaque cellule s'informe en même temps qu'elle se forme.
L'éducation prénatale résulte donc des processus naturels de la grossesse et s'opère au quotidien à travers la mère. Cette éducation devient évidente lorsqu'observations et recherches sont regroupées en un ensemble cohérent qui prend un sens global permettant aux futurs parents de vivre et d'agir d'une manière bénéfique pour l'enfant pour l'enfant mais aussi pour eux-mêmes, le couple qu'ils forment, la famille qu'ils créent et par voie de conséquence pour la société toute entière.
Comment l'être humain peut-il s'éduquer positivement dès sa formation ?
rappelons brièvement que le ftus construit son corps avec les matériaux apportés par le sang de la mère, eux-mêmes imprégnés de ses émotions et de ses pensées. L'enfant absorbe tout, sans avoir la possibilité de faire un tri entre ce qui est profitable et ce qui est nocif. C'est à la mère de faire ce choix. A elle de proscrire les substances nuisibles : alcool, tabac, et autres drogues
et de privilégier les aliments vivants et vitalisants : fruits, légumes, céréales, sans oublier les poissons des mers froides dont les acides gras sont si précieux pour la construction du cerveau du bébé humain. A elle aussi de bien oxygéner son sang par une respiration aussi importante que la nutrition.
Au niveau des cinq sens, ces antennes qui nous relient au monde et alimentent nos activités intellectuelles, des choix aussi sont à faire. Les capacités sensorielles du ftus sont dynamisées, les organes des sens renforcés, leurs fonctions affinées par les stimulations correspondantes - notamment tactiles et auditives - qui viennent de la mère et, à travers elle, du père et de l'environnement.
Que la mère se mette à l'écoute du bébé : il sait très bien faire savoir ce qui lui convient et ce qui le dérange.
Là encore, n'usant d'aucun artifice, lui offrir le meilleur en enrichissant sa propre vie, en se nourrissant soi-même de la beauté des sons, des formes, des couleurs, des uvres artistiques dont ce pays est si riche, et de la nature où tout chante, où tout vibre.
Sur le plan affectif, l'enfant partage les émotions de sa mère. Nous savons depuis plusieurs décennies qu'elles lui sont communiquées par les hormones de stress ou de détente, de peur ou de confiance, de joie et de bonheur. Ces hormones créent chez l'enfant des états physiologiques correspondant aux émotions maternelles. Si ces états se répètent souvent, ils créent des prédispositions de caractère.
La future mère devra donc éviter les conversations, les lectures, les musiques, les spectacles violents ou déprimants.
Si elle ressent des peurs, des doutes, des ambivalences, qu'elle sache qu'ils sont normaux. Qu'elle n'en éprouve aucune culpabilité. Qu'elle sache les accepter et lâcher prise - des techniques comme le yoga peuvent l'y aider - puis qu'elle recherche tout ce qui lui rendra sa joie de vivre et la certitude enthousiasmante d'être, avec la nature, co-créatrice de son enfant.
Mais la vie d'aujourd'hui apporte souvent au couple, à la mère, des difficultés, des occasions de colère, de révolte - maladies ou chagrins peuvent arriver et affecter la mère. L'enfant le ressentira-t-il ? Oui, on ne peut l'éviter. Mais la mère doit savoir qu'elle possède ce que Thomas Verny appelle " un bouclier protecteur " pour son enfant, c'est celui de son amour. Qu'elle lui explique ce qui se passe, comme le recommande Françoise Dolto. Qu'elle le rassure. Cet effort courageux sera bon pour elle et l'enfant enregistrera que la vie a des coups durs, mais qu'on peut les surmonter. Les bases d'un caractère fort seront dès lors posées en lui. Il sera ainsi, dès la période prénatale, doté des fondements de cette capacité de résilience dont parle Boris CYRULNICK, cette capacité que possèdent les êtres qui se sont précocement structurés dans l'amour et la confiance, de se reconstruire après un choc déstabilisant.
Le rôle du père est aussi très important. Il peut communiquer avec l'enfant par la voix et le toucher, surtout lui donner joie et confiance à travers une mère heureuse et en sécurité.
Et les pensées de la mère influencent-elles aussi l'enfant ?
Oui, affirment Marie-Claire BUSNEL et son équipe de l'Université Paris V. Après avoir étudié en laboratoire et depuis de nombreuses années l'audition ftale, ces chercheurs ont constaté que " le ftus réagit aussi bien à la pensée de la mère qu'à sa parole " - Non pas s'il s'agit d'un futile bavardage intérieur mais si cette pensée a une certaine densité, un sens et une présence réels.
Par quels agents sont transmises les pensées, les images mentales de la mère ?
Par l'eau, répond le chercheur japonais Masaris EMOTO qui a étudié la plasticité de cet élément indispensable à la vie.
A partir de travaux menés à Berkeley par le biochimiste Lee LORENZEN sur la résistance Magnétique de l'eau, Masaris EMOTO a soumis des échantillons d'eau à des influences diverses : musiques structurées ou déstructurées, sentiments d'amour ou de haine, pensées de mort ou de vie, prières Ces eaux ont été gelées puis leurs cristaux - entre -5° et 0° - ont été photographiés sous microscope électronique. Les clichés obtenus sont époustouflants. Les cristaux reflètent la splendeur ou l'horreur dont ces eaux ont été imprégnées.
Or, le corps humain est composé de plus de 70% d'eau. Ce phénomène expliquerait-il l'efficacité du travail sur soi ? L'influence de notre pensée sur nos cellules, sur notre propre matière ?
Quant à l'uf humain fertilisé, il est constitué de 90% d'eau. Est-ce cette eau biologique qui capterait et enregistrerait cette toute première information : la qualité de l'amour des parents au moment de la conception ?
Et ce processus d'imprégnation se poursuivrait tout au long de la grossesse, le ftus s'alimentant au sang de sa mère et baignant dans le liquide amniotique ?
Ainsi s'expliquerait l'impact de la vie intérieure de la mère sur le psychisme, mais aussi sur l'organisme de l'être qui se forme en elle.
Au Congrès de Caracas, en Avril 2001, le biologiste cellulaire américain Bruce LIPTON a rapporté des travaux récents qui contredisent le déterminisme génétique admis actuellement. Ces études montrent (je le cite) que " l'activation des programmes des gènes est contrôlée par l'ambiance du milieu.
Plus exactement, par la perception que l'organisme a de cette ambiance
Les émotions maternelles telles que la peur ou la colère ou au contraire l'amour ou l'espérance influencent biochimiquement la sélection et la réécriture du code génétique de l'enfant in-utero avec des conséquences évolutives très profondes sur les générations futures " Les futurs parents sont de véritables " ingénieurs génétiques ". Il est urgent qu'ils en soient informés.
Le pouvoir créateur de la femme s'exerce donc au cur même des cellules de l'enfant qu'elle porte !
Voilà qui l'invite à transmettre à l'enfant le meilleur d'elle-même et à utiliser la puissance de son imagination créatrice pour faire cadeau à son enfant des plus belles images qui soient et le sensibiliser aux plus belles qualités humaines.
Et cette créativité ne bénéficie pas seulement à celui qui vient dans notre monde. Elle transforme aussi, au fil des mois, une femme en mère, un homme en père et, au-delà de la maternité et de la paternité, chacun d'eux connaît un grand développement personnel, se sentant plus largement et plus profondément humain. Certains parlent d'une véritable renaissance.
Ils témoignent aussi de l'enrichissement de leur vie de couple. Avoir investi le meilleur d'eux-mêmes dans une uvre commune essentielle crée des liens profonds : ceux-là même qui manquent à de nombreux couples aujourd'hui.
Des parents qui avaient déjà un ou deux enfants avant de vivre une nouvelle grossesse transcendée par cet élan créateur de vie, disent avoir vécu une expérience extraordinaire, que cet enfant-là est surprenant de santé, de sérénité, de confiance en soi, d'ouverture aux autres et qu'ils ont avec lui une relation plus simple et plus profonde qui facilite grandement son éducation ultérieure.
La famille, à notre époque, cherche un fonctionnement plus adapté. Elle pourrait développer une nouvelle maturité à partir de l'éducation prénatale créatrice. Et la famille est la cellule de base de la société !
Si la société actuelle se reconnaissait le devoir de diffuser et de soutenir l'éducation prénatale, elle se trouverait plus rapidement bénéficiaire et sur le plan financier et surtout au niveau humain : celui de la qualité et du bonheur de tous ses membres.
Car l'éducation prénatale qui participe à la genèse de la santé physique et psychique de l'être humain est la prévention la plus fondamentale au niveau de l'individu et de sa descendance.
D'autre part, nos sociétés connaissent actuellement une montée de violence telle qu'aucune mesure extérieure ne semble en capacité de l'enrayer.
Certes, les actes violents sont provoqués par des conditions économiques qui privent bon nombre d'individus d'épanouissement personnel, de possibilité d'expression, d'insertion sociale.
Certes, ces explosions de violence résultent aussi d'un manque de repères, d'idéal et de perspectives d'avenir.
Mais elles jaillissent des profondeurs de l'être, et, le plus souvent chez des jeunes dont les forces de vie ont été, dès l'origine, entravées par le manque d'amour, voire déviées par des programmations négatives.
Tout en laissant leur place à l'éducation de l'enfant et de l'adolescent, aux thérapies individuelles et familiales, nous pouvons affirmer que l'éducation prénatale est bien la prévention la plus fondamentale de la violence. Elle qui, dès la conception, favorise l'édification d'êtres non violents parce que sains, forts, confiants en eux-mêmes, ouverts aux autres et à la vie, donc capables de réaliser les mutations sociales indispensables.
C'est pourquoi il faut élargir aux jeunes la diffusion de ces nouvelles connaissances sur l'éducation prénatale bien avant qu'ils ne soient en attente d'enfant. Je peux en témoigner pour avoir échangé avec de nombreux lycéens, collégiens, voire enfants d'écoles primaires. Tous sont touchés aux racines-mêmes de leur être profond. Ils ont tout à coup une autre estime d'eux-mêmes, une autre idée de la vie, de l'amour et de la sexualité. Ils se sentent individuellement valorisés et responsabilisés. Ils découvrent qu'ils sont un maillon vivant et créatif dans la chaine de l'humanité en évolution. Et cela peut modifier complètement la mentalité de la plupart d'entre eux.
Avec ces jeunes et les enfants qu'ils mettront au monde consciemment, il sera possible de construire un monde plus juste et plus humain, où chacun pourra prendre place et s'épanouir au service de tous.
Le travail est immense. Mais y en a-t-il de plus grand ?
Le présent congrès participe de cette réussite.
Je vous souhaite de le vivre dans la joie et l'enthousiasme.