L’éducation prénatale, l’un des moyens pour changer le monde !

Quelle audace ou inconscience pour formuler une telle idée, n’est-ce pas !? On peut se poser la question s’il s’agit d’un l’orgueil inconscient ou simplement l’expression d’un raisonnement immature. Mais, si nous la positionnons comme l’expression d’un Idéal, l’idée prend du sens, surtout quand on essaie une formule publicitaire pour attirer l’attention sur un sujet hors norme. Nous essayerons par la suite de nous expliquer sur un plan plus large, celui d’une éducation globale de la société, comme l’a affirmé Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ! »

Bref constat concernant l’éducation d’aujourd’hui

Le 4e Forum Mondial sur l’apprentissage tout au Long de la vie qui s’est tenu à l’UNESCO Paris en 2015, a présenté plusieurs thèmes liés à l’éducation: «Les adultes sont mal à l’aise pour communiquer avec leurs enfants. Les jeunes ne savent pas à qui poser leurs questions délicates. Comment surmonter l’échec de l’éducation à la sexualité? L’école est-elle un bon endroit pour en parler ? L’éducation des filles, une véritable urgence! » Des sujets qui nous donnent un aperçu sur la situation de l’éducation d’aujourd’hui. Un autre forum sur l’éducation organisé par l’ECOSOC qui a eu lieu en juillet 2011 au Palais des Nations Unies à Genève, a considéré l’éducation comme thème central pour l’avenir de l’humanité, et a exposé la nécessité d’une éthique.

A ce sujet, l’OMAEP considère que cette éthique doit être construite sur des valeurs durables, immuables, spirituelles et non pas sur la base de conventions humaines, souvent l’expression d’un intérêt égoïste et limité. Pour cela, nous devons faire un effort de synthèse pour établir d’abord une vision holistique, globale, basée sur les valeurs essentielles de la vie, celles contenues dans tous les domaines majeurs de l’activité humaine : science, spiritualité et art. Elles sont l’expression des trois nécessités fondamentales de l’homme : celle de comprendre, à travers la science ; celle de communier et aimer, à travers la spiritualité ; et celle d’agir et de créer, à travers l’art. Prises individuellement, chacune a une vision limitée, sectaire, parce qu’elle couvre seulement un secteur du cercle de la réalité. Sur cette base objective, nous pourrons trouver les repères de valeurs nécessaires pour l’évolution de l’humanité.

Par conséquent, nous devons introduire les valeurs supérieures de l’esprit, de l’âme, qui englobent tout. Autrement, comme l’affirmait Jean Amos Comenius, ancêtre spirituel de l’UNESCO : « C’est l’âme humaine qu’il faut éduquer ! » Autrement, « le XXIe siècle sera spirituel ou ne le sera pas », prophétisait André Malraux. D’ailleurs, ce processus d’éducation de l’âme, de sa spiritualisation, a préoccupé toujours les grands penseurs, comme l’illustre, par exemple,  l’éclectisme du XIXe siècle, qui préconisait d’unifier la philosophie et la religion, annoncées déjà par Socrate et Platon à leur époque.

En plus, certains scientifiques d’aujourd’hui commencent à reconnaître la légitimité d’une science de l’esprit, puisque la vie spirituelle repose aussi sur des lois. Du point de vue scientifique, c’est la matière infinie qui est à la base de l’existence; pour les idéalistes, c’est l’énergie cosmique universelle qui est aussi infinie. Une égalité qui s’exprime dans la notion d’infini, contenue tant par la matière que par l’énergie d’un Créateur, une égalité complémentaire révélée par la loi de la relativité: E = m c2.   

Il est temps que les évolutionnistes et les créationnistes se réunissent pour travailler ensemble! L’espoir est permis, car nous constatons toute une série de principes d’ordre philosophique et spirituel, énoncés depuis des millénaires, qui sont en voie d’être intégrés dans les valeurs de la société d’aujourd’hui. Des scientifiques renommés comme Albert Einstein, David Böhm, Erwin Schrödinger, Werner Heisenberg, Alan Turing et d’autres, ont déclaré ouvertement qu’une compréhension scientifique plus complète de la réalité physique ne pourra être garantie que par une perspective holistique, universelle.

En plus, la physique quantique nous révèle que nous vivons dans un « Tout » cohérent et nous sommes responsables de notre avenir, en tant que co-créateurs de la réalité qui nous entoure. Tout cela rend possible aujourd’hui une éducation de l’être humain dans toute sa globalité : physique, psychique et spirituelle.

Instruction et éducation

La connaissance exacte de la réalité extérieure (en latin scientia), qui est le contenu de base de l’instruction d’aujourd’hui, nous devons la compléter par la connaissance intérieure (en grec έσωτερικóς / esoterikos) de l’être humain,

afin qu’il bénéficie pleinement du fonctionnement des lois naturelles, universelles, qui régissent la vie et notre psychisme qui en fait partie. Nous sommes très instruits mais mal éduqués.

En établissant une véritable éducation beaucoup de problèmes pourraient être résolus, car en étant capables de faire la synthèse nous serons aptes aussi d’agir au niveau des causes, là où s’opère le véritable changement ; et non pas au niveau des conséquences, comme nous procédons aujourd’hui pour nous sortir de la crise économique,  conséquence d’une crise de conscience du passé. Ce qui est important pour nous, c’est de trouver les moyens de redresser la situation, en découvrant les causes qui produisirent ce résultat, afin de les éliminer et les résoudre. Nous devons extraire d’elles les valeurs universelles, capables de nous rassembler dans l’unité, tout en respectant nos différences de cultures et traditions. Cela implique un grand effort pour changer nos mentalités, les choses les plus ardues à atteindre, ce qui demande souvent des siècles.

Heureusement, les découvertes des neurosciences nous révèlent une réalité extraordinaire, le fait que c’est lors de la conception que l’essentiel du bagage génétique des parents est transmis au fœtus et beaucoup d’aspects de ce bagage sont activés – ou non –  durant les neuf mois de gestation et pendant l'accouchement. A la naissance, 98% de ce programme génétique est pratiquement établi et sera complété par l'éducation que l'enfant recevra jusqu’à l’âge de 7 ans. (Réf. : John Grinden, Richard Bandler, Jean-Pierre Garnier Malet, Michèle Noël, etc.). Ainsi, pour éduquer leurs enfants, les parents se doivent de devenir des éducateurs, des modèles, sachant que l’influence qu’ils exercent sur leur développement est à son maximum pendant la période prénatale.

Comme la jeunesse représente notre avenir et cela nous concerne tous, nous devons nous occuper de son éducation. Mais pour y arriver, nous devons commencer par l’éducation des futurs parents, afin qu’ils sachent vivre harmonieusement la période des processus prénatal et périnatal : préparation, conception, gestation, naissance et allaitement. Les recherches récentes sur les neurones-miroirs et la « mémoire » des cellules démontrent l’importance de la période prénatale pour la formation d’un nouvel être. Il existe une interaction permanente entre les niveaux psychiques et physiologiques de l’individu, entre les émotions et les activités intracellulaires. Autrement dit, nos pensées, sentiments et sensations s’interpénètrent et agissent sur notre organisme physique et psychique, s’enregistrent dans l’eau cellulaire, dans l’ADN nucléaire et mitochondrial, jusqu’à en modifier nos programmes génétiques. C’est pour cela que la nouvelle discipline de l’éducation prénatale devient la composante fondamentale du processus de l’éducation.

Le temps est venu, enfin, de se positionner différemment vis-à-vis de la spiritualité, l’ésotérisme et les bonnes traditions millénaires, mais avec discernement et sans les mélanger à toutes sortes de déviations sectaires. Pour y arriver, nous devons avoir le courage et surtout l’humilité de nous remettre profondément en question, car « c’est l’humilité qui  empêche les esprits infernaux de nous tromper », comme nous conseille la sagesse chrétienne. Dans ce sens, en pensant aux exemples de réussite dans l’histoire de l’humanité, c’est la Grèce antique qui s’impose à nos yeux comme source d’inspiration, illustrée par son époque de gloire et sa pléiade de philosophes et d’artistes de génie.

Comment tout cela a-t-il été possible ? C’est Aristophane qui nous éclaire dans Les Thesmophories, la fête initiatique annuelle destinée aux femmes mariées, qui avait lieu dans les cités de la Grèce antique et réunissait toutes les jeunes mariées. Les prêtresses du temple de la déesse Déméter enseignaient aux femmes à mesurer leur puissance formatrice en tant que mères et la manière dont elles devaient se servir de cette puissance naturelle pour mettre au monde des enfants sains de corps et d’esprit, capables, responsables et utiles au bon fonctionnement de la société.

Dans ce sens, nous pouvons nous inspirer de l’expérience historique de la Grèce antique et la réactualiser aux formes d’aujourd’hui, afin d’introduire plus tard des cours d’éducation prénatale dans les écoles et universités. L’étude des lois naturelles qui gèrent la vie, faisait partie en Grèce de la préparation au rôle de citoyens et parents. Cela constituait une base saine pour aider les jeunes à devenir plus tard des parents conscients et responsables, mieux armée à faire face aux  difficultés de la vie.

Aussi Platon, en organisant sa cité idéale, avait prévu que les jeunes soient préparés au mariage, à la procréation et à une parentalité saine. Plus tard, quand les vérités spirituelles ont été petit à petit ignorées et en voyant les signes du déclin de la civilisation grecque, Platon disait : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus aucune autorité au-dessus d’eux, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie ».

Nous constatons que la réalité d’aujourd’hui est très semblable ! Et comme la jeunesse représente notre avenir et nous concerne tous, nous devons nous occuper sérieusement de son éducation. C’est pour cela qu’il serait bien de commencer par l’éducation des futurs parents, afin qu’ils deviennent des éducateurs et des exemples pour leurs enfants. Les enfants les imiteront, sans leur faire de grandes théories et la société évoluera tout naturellement. C’est pour cela que l’OMAEP, l’Organisation Mondiale des Associations pour l’Education Prénatale, ONG en statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC, travaille pour propager, par tous les moyens de la communication, des informations utiles pour les futurs parents. Dans ce sens, elle a coordonné déjà 4 projets européens subventionnés (2007, 2009, 2011 et 2017), en ayant comme sujet principal la diffusion de l’éducation prénatale dans différents milieux. Elle a réalisé en 2015, en partenariat avec L’Université pour les Etrangers de Pérouse, Italie, le premier Cours universitaire européen de spécialisation en éducation prénatale.

L’action de l’OMAEP se situe dans cette vision de synthèse, qui réunit les trois aspects fondamentaux de l’activité humaine : la science, la spiritualité et l’art (voir le Pacte Roerich pour la Paix,  signé en 1935 à la Maison Blanche et adopté par l’UNESCO).

Lorsqu’une femme est enceinte, sa sensibilité est exacerbée et tout son vécu se transfère vers le fœtus, en s’imprimant en lui. Donc, la responsabilité de la future mère ne s’arrête pas aux limites de l’hygiène physiologique (ne pas fumer, manger sainement, se reposer, etc.), mais se prolonge dans la qualité de son vécu psychologique. La pensée positive, la sensation de bien-être intérieur et l’imagination créatrice des parents sont de nature à éveiller, activer et dynamiser le potentiel enregistré sur l’ADN du futur enfant, alors que le stress ou un traumatisme psychologique entraîne une altération de la structure de l’ADN, comme l’affirme le Prix Nobel de médecine 2009, Elisabeth Blackburn (Voir M. Corniou, « Nos états d’âmes modifient notre ADN », revue Science et Vie, mars 2010).

Un autre Prix Nobel, l’économiste Amartya Sen, a co-écrit un article sur l’importance que les origines fœtales ont sur la santé et la productivité d’une population et que les mauvaises expériences prénatales «sèment la graine des maux qui affligent les adultes». Cela fait du ventre maternel une cible prometteuse pour la prévention, faisant naître l’espoir de maitriser les fléaux de santé publique tels que l’obésité et les maladies cardiaques. Le Dr. Marcy Axness en souligniant l’importance de la vie prénatale et l’économie considérable que produit la prévention dans la santé et l’éducation, précise que chaque dollar investi dans le bien-être d’une femme enceinte représente une économie de plus de quinze dollars, durant la scolarité de son enfant.

Voici une autre réflexion, cette fois issue d’une vision spirituelle, contenue dans  l’extrait d’un message du Pape Jean Paul II, adressé aux participants du Congrès mondial sur l’éducation prénatale organisé par l’OMAEP à Rome, en mars 1988 et qui aboutissent aux mêmes conclusions que certaines expériences scientifiques :

[...] Il est réconfortant de rencontrer dans le panorama scientifique actuel, un groupe de chercheurs qui, reconnaissant pleinement la dignité du futur bébé, explorent les voies d’une nouvelle discipline: l’éducation prénatale. Ceci est une recherche merveilleuse et méritoire : s’incliner devant l’enfant qui se trouve encore dans le sein maternel, non seulement pour constater et observer sa croissance physique et écouter les battements de son petit cœur, mais aussi pour étudier ses émotions et enregistrer les signes du développement de son psychisme. Il est juste que l’enfant soit placé au centre de l’attention des sciences humaines, et pas seulement des sciences biologiques, depuis le début de son chemin temporel dans le sein maternel. Par conséquent, votre engagement, chers congressistes, a certainement une valeur dans le champ des sciences expérimentales mais a aussi une signification anthropologique et morale. En effet, votre intérêt dépassant le pur organicisme et la considération des aspects physico-fonctionnels qui cependant gardent leur importance, se dirige vers l’intimité d’un nouvel être qui est l’hôte du sein maternel [...]

Conclusion

Le fonctionnement de l’organisme humain nous montre que tous les organes fonctionnent dans l’unité, les uns en fonction des autres, dans un même et unique but: la vie. Dès qu’un seul organe manque à sa tâche, le désordre s’installe et aboutit à la maladie. C’est pour cela que nous devons considérer la Terre comme un être vivant et déduire logiquement que tous les continents, pays et villes sont les organes d’un corps planétaire. Donc, nous faisons partie d’un Tout, d’un seul corps planétaire, auquel la santé, c’est-à-dire la paix et la fraternité, ne peuvent être assurées que par nos soins conscients.

Sur la base des valeurs universelles, il est possible de fonder un « vivre ensemble » et nous pouvons établir un consensus entre les cultures, tout en respectant la spécificité de chacun. En définitif, les grandes spiritualités du monde, comme le christianisme, l’hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme, judaïsme, l’hermétisme égyptien, l’humanisme grecque, l’islamisme …, expriment les multiples facettes d’une même réalité, qui est la Vie. Cela nécessite un grand effort pour un changement de mentalité, d’une conscience individuelle à une conscience collective, à travers un processus d’éducation globale de la société où l’éducation prénatale est une composante fondamentale. Nous pouvons ainsi nous sortir plus rapidement de ce long processus et la société pourrait changer favorablement. C’est dans ce sens que nous affirmons que l’éducation prénatale est l’un des moyens pour changer le monde !

Gheorghe ANTON